” Looking for the void ” , 900m, M7, grade 6, R, face ouest directe du Siula Chico

About This Project

La face ouest du Siula Chico représente l’archétype même de l’alpinisme engagée et technique. Située au cœur de la cordillère Huayhuash, c’est une montagne reculée, avec une approche nécessitant plusieurs journées de marche, protégée par un glacier chaotique.

En 2007, la première et seule ascension de la face ouest avait été gravie par une cordée de choc espagnole (Jordi Corominas et Oriol Barò) écumeurs d’ascensions techniques et fins connaisseurs des cordillères du Pérou. Ils avaient par deux fois échoué, avant de lancer une troisième tentative la troisième année, en grimpant 7 jours à l’aide de portaledges. Dans la partie sommitale, ils avaient basculés en face Sud-Est, pensant que le mur sommital était infranchissable.

C’est grâce aux conseils avisés de notre ami Stéphane Benoist que Benjamin Guigonnet, mon compagnon de cordée, commença a envisager de monter cette expé au Pérou. Une fois la photo de la face récupérée, le projet fut lancé, tellement cette face est raide et parsemée de lignes de glace. Pour moi qui habite à côté de L’Argentiere-La-Béssée et grand amateur de cascade de glace, cette face m’a tout de suite fait penser à la face nord de Gramusat, mais en beaucoup plus grand et  plus haut en altitude, puisque le sommet culmine à 6265m. Dés lors que nous avions ce projet en tête rien ne pouvait nous arrêter, il fallait que l’on aille voir, nous confronter à cette montagne. Ce projet tant convoité a été tenté par plusieurs grands noms de l’alpinisme comme Mick Fowler, Simon Yates ou encore Steve House. Mais le Siula Chico ne leur a pas laissé de chance et a repoussé toutes leurs tentatives.
Robin Revest et Helias Millerioux, autre belle cordée prometteuse ayant réussi de belles ascensions (face sud de l’Aconcagua, la Bonatti-Vaucher aux Jorasses et autres faces austères des Alpes), issus tout deux du pur jus des équipes nationales de la FFME et du CAF a voulu se joindre à nous, pour venir à bout de cette face. Avec Ben, on s’est dit “pourquoi pas, vu l’ampleur de la tâche”.
Petit frère du célèbre Siula Grande, qui a fait parler de lui dans le film “La mort suspendue”. C’est avec un peu la peur au ventre que nous sommes allés là-bas. D’autant plus que cette face est très exposée aux chutes diverses et variées d’objets rocheux, neigeux et glacés, prenant le soleil à partir de midi. Jordi nous avait prévenu qu’il fallait être à l’abri à partir de 12h00, sinon tout pouvait arriver. Une pression supplémentaire qui nous a obligé à analyser tout les abris-bivouac possibles avant de nous lancer dans la voie. Et aussi avoir une très bonne acclimatation, pour pouvoir être rapide et ne pas traîner la patte avant l’heure fatidique. C’est donc avec une vingtaine de jours d’acclimatation (entre 3500 et 5400m) que nous avons attaqué la face le 16 mai à 3h30 du matin.

Notre technique était simple on grimpe à quatre, une première pour nous tous. Un leader prends les commandes de la cordée, suivant son sentiment de forme et continue a grimper tant qu’il pense qu’il est assez efficace et rapide. Une fois qu’il est fatigué, il laisse la place à celui qui se ronge les doigts, impatient de grimper en tête et d’en découdre avec ces longueurs éprouvantes, techniques et engagées. Le but du jeu étant d’être en avance sur l’horaire et de se protéger aux abris-bivouac prévus. En général le grimpeur de tête faisait 2 longueurs avant d’être lessivé, physiquement et mentalement, tellement les longueurs étaient éprouvantes.

La face commence par une petite rimaye débonnaire puis 150 m de pentes à 70 degré. A partir de là, ce sera le combat jusqu’au sommet.

Chaque jour il y aura une longueur crux en mixte engagée qui nécessitera une grande concentration et du temps aussi.

J1, à peu près 400 m de grimpe, dont cette fameuse longueur assez psycho en grade 6, R, que des plaquages fins et décolés sur 10 mètres. Ce fut une belle fuite en avant, en musique dont je me serais bien passé.

Après ça nous étions quasiment au bivouac. Il ne manquait que 2 heures de pelletage pour que cette pente de neige ressemble à la suite royale du George V. Durant l’après-midi on s’aperçoit que notre bunker n’est pas mal du tout, lorsque l’on voit passer une avalanche et plusieurs autres missiles air-sol. Bivouac à 5800 m.

J2, encore un levé à 2h00, une dure journée nous attends. Très vite nous sommes au pied de la longueur crux du jour, un dièdre de 50 m. Il fait nuit mais on sait que c’est vertical et que c’est pauvre en glace. Ben s’y lance durant 2h30. Essayant à droite, à gauche, puis finalement fait 2 mouvements d’artif pour penduler au fond du dièdre. Il est exténué après ce combat de 45 mètres. Derrière, nous avons le jour qui s’est levé et les méthodes que Ben a trouvé, on enchaine la longueur en second et on côte la longueur M6+. La suite, plus facile, n’en reste pas moins fatigante avec 4 longueurs en glace raide en grade 5+, 6, 5+ et finalement 5.

Comme la veille l’emplacement du bivouac nécessite 2 heures de pelletage et autres tailles de glace. Mais le truc, c’est que nous sommes moins bien abrités que la veille. Durant l’après-midi il y a même un caillou qui va nous rendre une visite en traversant la tente, sans conséquence.

J3, les journées s’enchaînent et se ressemblent. Après un levé à 3h00 et une longueur nous nous retrouvons à nouveau sous une longueur psycho à souhait. A nouveau je m’y colle. Il manque le plaquage cette fois ci. Il va falloir sortir un peu plus ses tripes … Dans le passage clef voilà que ma batterie de lampe fait des siennes et commence a clignoter. Finalement je passe, tout tremblotant, 8 mètres au dessus des dernières protections. Un petit cri de joie sort de ma bouche, s’en suivent 5 minutes de respiration frénétique pour récupérer mon souffle. Et là la longueur n’est toujours pas finie. Il reste encore un bon mur de 20 mètres, vertical, en glace plus ou moins bonne et aux protections aléatoires. Au final 55 mètres de grimpe en M6,WI5+,R.

La suite de la journée, bien que plus facile, nous donnera à réfléchir pour savoir où passer au plus facile. Ben perdra d’ailleurs 1h30 dans une longueur sans issue, avant de trouver une solution qui fait peur. C’est à dire en grimpant et assurant sur des coroles de glaces assez effrayantes.

Pour finir la journée, encore une longueur en mixte et placage fin (M5, WI5) et du terrassage durant 2 heures, histoire d’être sur de pouvoir bien dormir. Bivouac à 6170m

J4, summit day. 5h00, on remonte le petit bout d’arête de neige au dessus du bivouac et hop c’est réparti dans le dur. Ben s’y colle et c’est pas du gâteau, 45m, M6 et grade 6, surtout à cette altitude.

Il nous fait encore un beau relais sur une corolle et enchaîne directement sur la longueur suivante, qui ne fait pas envie du tout. Il va réussir un coup de maître. En mode petit chat, il va réussir à passer en libre ce passage mixte, horriblement précaire. Nous derrière, ne passons pas. Les quelques placages s’effondrent sous nos piolets et crampons, ne laissant apparaître que du rocher sans prise. Nous tombons, dans des tentatives désespérées. Ben sera le seul a enchaîner cette longueur.
Plus que 2 longueurs dont une en neige et glace raide, avec un bouchon amenant sur l’arête sommitale que Robin sabrera tranquillement. Puis le sommet en neige profonde.

La haut les nuages sont déjà là, dommage pour le paysage, mais la satisfaction est là, même si la fatigue est plus que présente.

Nous nous prenons mutuellement dans les bras et tout ce qui nous viens à la bouche est “bravo et merci”. Merci à chacun, car tout le monde a fait de cette ascension une véritable aventure riche en émotion, j’ai découvert de nouveaux compagnons d’expé ainsi que de vrais amis. A présent il faut redescendre mais il est trop tard pour envisager la descente jusqu’au pied de la face. Nous nous arrêterons encore au dernier bivouac, pour attendre la nuit afin de mettre toutes les chances de notre côté.

J5, minuit il reste 800m de rappel à faire, il y a du vent et il commence à neiger. Je prends la tête des opérations. On met au point une nouvelle tactique, afin d’optimiser la descente. Nous avons un rappel de 60m ainsi qu’une attache de 60m. La technique est simple et redoutablement efficace. Je fixe l’attache à une broche et descends en bout de corde. Je commence à me vacher sur une broche et fais les trous pour l’abalakov. Une fois la lunule bien percée et Robin arrivé à mon niveau, les deux autres larguent l’attache et nous continuons à descendre pour préparer la prochaine lunule sèche. Derrière, avec leur rappel, Ben et Helias n’ont plus qu’à passer le rappel dans la lunule et enchaîner les rappels. Avec cette technique nous avons effectué une petite vingtaine de rappels en seulement 3h00 de temps !
A la fin les chutes de neige canalisées sont impressionnantes et les lunules se font à l’aveugle car la neige recouvre tout. Il est 3h30 et nous sommes sur le glacier à la recherche du camp avancé, histoire d’attendre le levé du jour, pour rentrer au CB.

Pour nous cette ascension représente la plus dure voie que nous n’ayons jamais réalisée. D’un point de vue de la continuité dans la difficulté pure, de l’engagement physique et mental ainsi que par la raideur du parcours. Nous ne connaissons rien de tel dans les Alpes. Ils nous semble impossible d’effectuer cette ascension dans la journée, sans que les conséquences soit tragiques. Après, les conditions peuvent être encore meilleures que celles que nous avons eues, en venant plus tôt encore en saison, mais cela implique de grimper sous des torrents de chutes de neige… étant donné que c’est la pleine saison des pluies.

Merci a tous ceux qui ont cru en nous notament PETZLMONTURAla FFME pour sa bourse, GRIMPISMEBlue Ice, Olivier Michel qui nous a fais la meteo et transmis les sms pour nos proches, Maud ma copine qui c est fais du souci, la famille a qui j ai beaucoup penser par momento et a tout les autres que j aurai oublier…

 

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alpinist portfolio
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