Impressions apres le succès au Nuptse en 2017

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Impressions apres le succès au Nuptse en 2017

Impressions

 

« Ça y est, on l’a fait ». Voilà ce qui me viens à l’esprit quand les gens me demandent comment c’était.

Il est étrange que seuls ces quelques mots me viennent à l’esprit, alors que cette aventure m’a tellement donné, tellement marqué. Un rêve qui devient réalité, ce n’est pas tous les jours que ça arrive. Cette ascension, c’est comme un poids qui s’enlève, comme un devoir obligatoire que l’on rend en retard.

Pour moi, retourner tenter le Nuptse était un devoir car c’était à notre porté, car les erreurs qui nous avaient fait redescendre l’année dernière étaient faciles à corriger, parce que nous pouvions le faire. Notre cordée, dans son fonctionnement pouvait le faire, si nous ne le faisions pas, qui, à ce moment-là, aurait pu le faire ?

Après notre première tentative, après notre défaite face au monstre qu’est le Nuptse, j’étais content d’avoir pu tester mes limites, d’avoir essayé. Cela m’avait beaucoup appris sur mes capacités, m’avait ouvert les yeux sur ce que nous pouvions faire. Pour autant, le moral de l’équipe sur le moment avait pris du plomb dans l’aile. Nous cherchions à comprendre les erreurs de chacun, ce qui avait amené à l’échec.

Avec le recul, je pense que nous n’étions simplement pas assez expérimentés, trop impatients, trop arrogants. Le Nuptse avait besoin de plus de respect et nous l’avions traité comme toutes les autres montagnes. Celle-là était différente : par son ampleur, son altitude, son engagement physique et mental, ses risques. Nous devions revoir la copie dans son ensemble.

Dès notre retour en France nous savions que nous allions y retourner. Ben a très vite scellé notre destin quand il nous a annoncé qu’il le tenterait à nouveau l’automne prochain. À partir de cet instant une part de mon esprit était pris par ce désir de retenter la voie.

Ce n’était plus un nouveau projet, mais une sorte de répétition. Il n’y avait plus le côté exaltant de la découverte que je ressens lorsque je pars en expédition. Même si à présent, je savais où nous allions, je savais aussi quasiment tout ce qui allait se passer, y compris la souffrance, l’inconfort, le stress, l’engagement, le regard des amis et de la famille qui savaient que nous allions encore nous mettre en danger. Et c’est bien tout cela qui était différent. Cependant, le désir d’ouvrir notre ligne, de faire la face, de se hisser là-haut sur ce sommet, a occulté tous ces points. J’avais mis en place inconsciemment un processus qui m’aidait à faire abstraction de tous ces freins pour arriver à mes fins. L’égoïsme au paroxysme où au final personne ne peut me raisonner, me retenir, car le désir est plus fort. Je pense que l’on ne peut pas faire ce genre d’ascension si l’on n’a pas cette capacité à s’effacer face à la réalité, sinon on reste en bas. C’est une qualité quand on revient victorieux, mais c’est un défaut lorsqu’il se passe un truc.

À présent que nous avons fait cette ascension, je suis conscient que ce mode de fonctionnement m’est essentiel, mais tellement dangereux. Je suis conscient que réaliser d’autres projets d’un tel niveau d’engagement réduit l’espérance de vie. Je suis conscient qu’il y a un facteur chance, mais que la chance se provoque aussi.

Il va me falloir du temps pour envisager de me remettre dans de tels projets, mais je sais aussi que l’on oublie vite les côtés désagréables pour ne retenir que le positif des expériences.

Beaucoup de gens nous demandent « alors c’est quoi le prochain projet ? »

Comme si nous étions obligés, dans l’inconscient des autres, de faire toujours plus haut, plus dur, plus fort. Je ne me sens obligé de rien. Le seul qui pourra décider c’est moi et mon égoïsme.

Le choix des prochaines aventures sera certainement différent. Ce qui est sûr, c’est que la notion de difficulté sera toujours présente car c’est ce qui m’anime, mais je choisirai autant que possible des objectifs moins risqués.

C’est bizarre de toujours envisager des projets où la notion de risque est présente. La plupart des gens doit se dire que je suis complètement fou. Certainement pas, car contrairement au fou j’ai conscience que les risques existent.

Bref, on a fait le Nuptse.

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